La société considère avec plus d’indulgence les hommes qui asticotent leur rencontre adultère : eux ne seraient pas accros à ce type de harcèlement. Ils affirment leur autorité, ils dirigent et, bien évidemment, ils font profiter leur entourage de leur sagesse innée - notamment leur compagne, à laquelle ils rappellent avec douceur ce qu’elles ont à faire au cas où elles l’oublieraient. Il leur arrive aussi d’émettre des critiques, de relever des fautes, de se plaindre et même de récriminer, mais c’est toujours pour le plus grand profit du beau sexe. Les conseils du genre « Jette donc un coup d’œil à la carte avant de partir ! Combien de fois devrai-je te le répéter ? » ou bien « Tu ne peux pas faire un effort pour t’habiller un peu quand je reçois des amis à la maison ? » montrent avant tout leur remarquable persévérance et surtout leur formidable sens de l’attention au détail.

Pourtant, les femmes aussi estiment que leurs remarques continuelles traduisent un sens de l’attention au détail digne d’admiration. Mais les hommes ne semblent pas du même avis. Les femmes font la guerre aux hommes sur des détails : « Ne jette pas la serviette de toilette trempée sur le lit ! », « Ne laisse pas traîner tes chaussettes sales dans toute la maison ! », « N’oublie pas de sortir les poubelles le soir... » Elles savent bien qu’elles sont agaçantes, mais elles sont convaincues que la meilleure, voire la seule façon de procéder consiste à répéter inlassablement la même chose, dans l’espoir d’être un jour - miracle - entendues ! Et après tout, leurs remontrances, si exaspérantes soient-elles, sont justifiées. N’est-ce pas une raison suffisante, se disent-elles, pour revenir inlassablement à la charge ? D’ailleurs, leurs copines les confortent dans leur attitude : elles considèrent presque toujours l’homme comme paresseux et difficile à gérer et le seul sentiment qu’elles éprouvent, c’est de la compassion, pour la maîtresse de maison et son calvaire quotidien.

En général, quand une femme commence à seriner ses consignes, le cerveau masculin ne capte qu’une seule chose : on le houspille, on le harcèle. C’est un peu le supplice de la goutte d’eau : peu à peu, il se sent rongé et le ressentiment qui en résulte parfois peu finir par le submerger. Les hommes placent toujours le harcèlement féminin en tête de liste de leurs doléances conjugales. Rien qu’aux États-Unis, on recense chaque année plus de deux mille cas de maris qui suppriment leur épouse au motif, selon ces derniers, qu’ils ne supportaient plus le harcèlement dont ils étaient victimes ! À Hong Kong, il s’est même trouvé un juge pour alléger la peine d’un homme qui avait grièvement blessé son épouse à la tête d’un coup de marteau, l’attitude de celle-ci ayant, selon le magistrat, poussé son conjoint à la violence.

Les hommes en ont assez d’être harcelés

Un homme qui signe « Jérémie-le-soumis » nous a fait parvenir ce courrier :
« J’ai besoin de votre aide. Je suis marié à la reine des emmerdeuses et je ne supporte plus ses remarques perpétuelles, ses plaintes et ses grincements de dents. Du moment où je rentre chez moi jusqu’au moment où je me mets au lit, elle ne me lâche plus. On est arrivé au point où toutes nos conversations tournent autour de tout ce que je n’ai pas fait durant la journée, la semaine, le mois écoulés, et même depuis que nous sommes mariés.
La situation est devenue si pesante que j’accumule les heures supplémentaires. J’en suis arrivé à préférer l’ambiance du bureau à celle de ma propre maison ! Son harcèlement me stresse tellement que j’en ai des maux de tête dans la voiture sur le trajet du retour à la maison. C’est le monde à l’envers ! Si ça continue je vais la quitter et m’inscrire sur un site de rencontre !
Mon père disait que toutes les femmes se plaignaient et houspillaient leur mari et je ne le croyais pas... jusqu’au jour où je me suis marié. Même mes copains me disent que leurs femmes les enquiquinent jusqu’à plus soif. Ce type de harcèlement est-il vraiment inné chez la femme ? Je vous en prie, aidez-moi. »

Voici maintenant la retranscription d’une conversation de trois femmes dans un restaurant :

La blonde : « Jean-Louis n’est jamais content, il se plaint tout le temps. Si je refuse de faire l’amour avec lui au moment où il en a envie, il se répand en reproches.
Résultat, il m’arrive souvent de céder juste pour le faire taire mais je ne n’y prends pas vraiment de plaisir. Après tout, on n’est pas toujours synchrones. Comme je sais qu’il ne me laissera pas tranquille avant d’avoir obtenu ce qu’il veut, je préfère céder que de subir ses lamentations. »

La brune : « Stéphane est exactement pareil. Il trouve toujours à redire à tout ce que je fais. Si je me fais une beauté pour sortir dîner avec ses amis, il me reproche de faire plus d’efforts pour eux que pour lui. Et il ne peut pas s'empêcher d’insinuer que je trouve ses amis plus séduisants que lui. Si je viens comme je suis, j’ai droit au couplet inverse : je ne prends pas assez soin de moi, ce qui montre à quel point je me fiche pas mal de lui plaire. Bref J’ai toujours tort. »
Leur amie : « Et ils osent dire que c’est nous les emmerdeuses ! »
Éclat de rire général.

La harceleuse à travers les âges

Depuis la nuit des temps, les femmes sont considérées comme des pros du harcèlement conjugal.
Jusqu’au XIXe siècle, les lois anglaises, européennes et américaines autorisaient un mari à déposer plainte devant un magistrat contre le harcèlement de sa femme ou sa conduite de « mégère ». Si le tribunal lui donnait raison, sa femme pouvait être condamnée au châtiment du « bain forcé ». Surtout utilisé aux États-Unis et en Grande- Bretagne, le bain forcé était destiné à punir les sorcières, les prostituées, les petits délits et... les mégères. La contrevenante était sanglée sur un siège suspendu au bras d’un treuil et plongée dans une rivière ou un lac pendant une durée déterminée. Le nombre de bains forcés auxquels elle était soumise dépendait de la gravité de sa faute et/ou du nombre de ses incartades antérieures.

Voici les extraits d’un jugement prononcé par un tribunal anglais en 1592 :
« La femme de Walter Hycocks et la femme de Peter Phillips sont des mégères avérées. Il est donc ordonné qu’il leur soit enjoint, à l’église, de cesser leurs gronderies. Mais si leurs époux ou voisins se plaignent une deuxième fois, elles seront condamnées au bain forcé. »

Le poème suivant, de Benjamin West, publié en 1780, montre à quel point les hommes prenaient le harcèlement au sérieux dans les siècles passés.

Si le châtiment du bain forcé n’avait pas suffi à calmer la dame, on avait d’autres moyens de l’assagir : les récidivistes étaient promenées en cortège dans la ville, un masque de fer attaché sur le visage, lequel était muni d’une tige métallique qui rentrait dans la bouche et comprimait la langue. La dernière « mégère » à avoir dû subir le châtiment du bain forcé fut Jenny Pipes, de Leominster (Angleterre), en 1809.